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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Sainte-Cécile sans jamais oser le demander... Par notre ami Patrick Salmon, qui en connaît tant sur l'histoire de la Musique et des musiciens

Vierge et martyre comme il se doit (martyre parce que vierge !... prétendait l'étonnant curé  Demissy à Auvers, note de JcD), Cécile aurait vécu à l'aube du IIIe siècle. Son histoire relève de la légende, car les Actes qui racontent sa vie n'ont aucune valeur historique.

Selon la tradition donc, Cécile était fiancée à un jeune homme nommé Valérien, qu'elle épousa. Au soir de ses noces cependant, elle annonça sans rire à son mari qu'un ange veillait sur sa virginité et que donc c'était bernique pour la bagatelle. Comme le jeune marié ne voyait pas l'ange en question, elle lui expliqua qu'il ne lui apparaîtrait que quand il aurait reçu le baptème; ce qu'il fit, avec un succès qui dut le consoler de cette chasteté forcée, bientôt imité par son beau-frère Tiburce. Ces conversions n'eurent pas l'heur de plaire au préfet de Rome, le méchant Almachius, qui fit arrêter et supplicier les deux hommes. Cécile, veuve ainsi prématurément, fut seulement séquestrée dans sa maison. Las ! Au lieu de profiter paisiblement de sa pension de survie, ne voilà-t-il pas qu'elle reçut chez elle le pape Urbain, qui se mit à y baptiser à tire-larigot ? Les ennuis recommencèrent, et comme elle refusait de sacrifier aux dieux romains, Almachius la condamna à être ébouillantée dans son bain. C'était mal connaître la résistance des vierges du temps, car Cécile sortit indemne de l'épreuve. Il la fit alors décapiter; mais le bourreau s'y reprit à trois fois sans y arriver. Cependant, comme le cou mal tranché était bien entamé, la malheureuse enfant finit par mourir, au bout de trois jours d'agonie supportée avec la grandeur d'âme que l'on devine, non sans avoir pensé à léguer sa maison au pape Urbain.

Cette fraîche historiette n'est que la transposition d'un épisode fort en vogue lors des persécutions vandales en Afrique au Ve siècle, recomposé pour Sainte Cécile. Le culte de Cécile remonterait au IVe siècle, mais il connut deux siècles plus tard un essor extraordinaire, au point que son nom est cité dans le canon même de la messe.

Rien dans tout ceci ne montre un quelconque intérêt de Cécile pour la musique ni ne justifie de son patronage; il se dit seulement que, tandis que les musiciens jouaient à son mariage, la jeune fille chantait en son coeur les louanges de Dieu ! Cette image de Cécile musicienne ne date pas des premiers temps de son culte, où l'iconographie la représentait avec un bouquet de roses et une épée, sans instrument de musique.

La sainte fut enterrée dans les catacombes de Saint-Calixte, puis en 821 seulement dans la crypte sous le maître-autel de la basilique cardinalice Sainte-Cécile dans le Transtevere, en compagnie de Valérien et Tiburce; c'est ce voisinage sans doute qui valut à ces deux braves d'être associés à la légende cécilienne. Vers l'an 1600, on retrouva à cet endroit son corps intact, et le peintre Maderno Stefano le peignit en l'état. Sainte-Cécile a d'ailleurs inspiré d'innombrables peintres. Pietro, Guida, Costa, il n'est guère d'artiste de la Renaissance italienne qui ne lui ait consacré une toile. La plus connue fut faite en 1514 par Raphaël et est conservée à la pinacothèque de Bologne; on y voit la sainte abandonner la musique profane pour la céleste, laissant les instruments par terre.

Quatre autres saintes ou bienheureuses portent le nom de Cécile. Un saint même, Cyprien, évoque de Carthage au IIIe siècle prit ce nom féminin, lui qui faisait en un style dont Fénelon trouvait qu'il "sentait l'enflure" la louange du célibat, de la continence et du martyre. Mais c'est bien en l'honneur de la martyre romaine qu'on fit la cathédrale d'Albi, celle de Cagliari, l'église de Cologne et cette merveille du premier art roman qu'on fit à Montserrat.

Quant au patronage de notre sainte, il est avéré dès le XVIe siècle. Henri III établit ainsi à Evreux une Confrérie de Sainte-Cécile; Costeley en fut élu premier maître en 1570 et le fameux Du Caurroy, revenu à la mode récemment, en obtint le grand prix à vingt-six ans. On la fêtait aussi à Notre-Dame de Paris vers 1600, et Jacques Mauduit composa pour l'occasion. Un concours de la Sainte-Cécile fut aussi fondé au Mans en 1648. On ne peut évoquer non plus Sainte-Cécile sans citer la célèbre académie portant son nom à Rome, réputée depuis la Renaissance. Ses murs virent passer, professeurs ou élèves, des gens comme Frescobaldi, Szymanowski, le chef d'orchestre Giulini ou même Ennio Morricone !

C'est peut-être cependant à la musique anglaise qu'on pense d'abord quand on parle de Sainte-Cécile, avec les célébrations annuelles de la "Musical Society" en son honneur, et les odes que firent pour elle John Blow, et surtout Henry Purcell. Le "Hail bright Cecilia", sur un texte de Dryden, ne fut-il pas en 1687 l'une des oeuvres les plus parfaites de l"'Orpheus britannicus" ?

Plus récemment, Gounod dans sa "Messe solennelle de Sainte-Cécile" (1855) et Chausson dans sa "Légende de Sainte-Cécile" (1891) rendirent hommage à leur sainte patronne.

Les amoureux de notre vierge martyre verront avec intérêt son histoire peinte dans le cloître de Saint-Michel à Bologne et liront le livre du bénédictin dom Prosper Guéranger sur "Sainte-Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles". Ils tressaillerront en lisant le dramaturge allemand Heinrich von Kleist, qu'inspirèrent les tourments de la jeune vierge. Mieux encore, ils frémiront aux vers de Chaucer, l'"Homère anglais", qui la glorifia dans une biographie poétique. Ils iront enfin se recueillir sur la tombe de A. Scarlatti, enseveli sous l'autel de Sainte-Cécile dans l'église de Montesanto !


Cordialement

Patrick SALMON
Directeur de l'Ecole Municipale de Musique
Directeur de l'Ensemble Orchestral
Ville de HEM

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